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Benedictus qui venit in nomine Domini

 

Captur pape nouveau REncore une fois, les pronostics du monde, y compris de l’IA sont passés largement à côté : c’est donc un outsider ou presque qui a été annoncé au soir du 8 mai à la loggia de la basilique Saint-Pierre. Et pourtant, il suffisait de prendre la liste protocolaire des cardinaux, suivre depuis le haut de la première table la série des visages des cardinaux-évêques pour rencontrer assez vite celui du cardinal Prévost : le cardinal Parolin, puis le cardinal Filoni tous deux n’ayant jamais exercé aucune fonction épiscopale au service d’un diocèse, ce qui semble un préalable pour exercer la mission pastorale de l’Eglise universelle ; venait ensuite le cardinal Tagle, grand favori certes mais probablement jugé trop proche du défunt pape ; enfin le cardinal Prévost qui, malgré son identité nord-américaine, réunissait plus d’un atout, celui d’un pasteur, d’un missionnaire, d’un homme de curie, de cultures diverses par son ascendance et son ancrage : américaine, péruvienne, française, italienne, espagnole, etc., de l’expérience et de la modération.

Les journalistes se sont rués sur le nom de Léon XIII mort en 1903 pour y découvrir l’héritage du pape de la doctrine sociale de l’Eglise, ils auraient pu aussi s’interroger sur celui qui le premier porta ce nom et mérita de lui adjoindre le qualificatif de « le Grand », saint Léon pape de 440 à 461. Homme profondément spirituel, il affronta l’effondrement du monde romain et n’eut pas peur de se confronter aux puissances séculières dont la force était le seul argument, en l’occurrence le « fléau de Dieu », Attila, roi des Huns, à la rencontre duquel le courageux pontife se transporta à Mantoue pour le dissuader avec succès de poursuivre son entreprise sur l’Italie et de piller la Ville.

La liberté et le courage sont les vertus que nous demandons à Dieu d’accorder au nouvel évêque de Rome qui est venu au devant de la foule des fidèles avec le don du Ressuscité, celui de la paix. Nul doute qu’il prendra soin de ne pas brutaliser son peuple en le heurtant par des prises de positions abruptes et personnelles, tout en le conduisant sur les chemins nouveaux qu’ouvrira la Providence. La vraie humilité qui l’a fait revêtir dès les premiers instants les ornements prescrits par le rituel et donner la bénédiction selon la formule en usage, s’effaçant ainsi lui-même sans mettre en avant ses propres choix et sa personne sont un gage de maturité et de sagesse bien venu. Longue vie au pape Léon XIV !

Les dernières promotions

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2022

Le mercredi 27 avril 2022, en la solennité de la dédicace de la cathédrale de Toulon, Mgr Rey a installé le chanoine Michaël Nachez à la cathédrale Notre-Dame de la Seds.

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2018

Le mercredi 3 octobre 2018, en la fête de saint Cyprien, Mgr Rey a installé le chanoine Charles Mallard à la cathédrale Notre-Dame de la Seds.

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2017

Le mercredi 26 avril 2017, Mgr Rey a installé deux nouveaux chanoines honoraires qui ont reçu à cette occasion les insignes de leur nouvelle fonction dans la cathédrale Notre-Dame de la Seds.        

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2016

Le 19 mars 2016, Mgr Rey a nommé cinq nouveaux chanoines, trois chanoines titulaires et deux honoraires, qui furent installés le 23 juin suivant dans la cathédrale Notre-Dame de la Seds.            

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Les publications

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Morale, histoire, théologie, spiritualité, les chanoines continuent d’apporter leur contribution à la vie du diocèse également par leur recherche et leurs travaux intellectuels.

On trouvera dans cette rubrique quelques références aux publications qui ont vu le jour ces dernières années, même si la liste n’est pas exhaustive.

 

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Claude Thomassin (1615-1690)

Claude Thomassin

 

Claude Thomassin appartient à l’une des plus illustres familles de robe provençales, établie depuis la fin du XVe siècle en la ville d’Aix, anoblie par le roi René en septembre 1479*. Elle a fourni un très grand nombre de magistrats et d’officiers, tant au parlement (6 présidents à mortier, 14 conseillers, 2 présidents aux Enquêtes et un avocat général), qu’à la chambre des Comptes d’Aix (4 avocats généraux et 2 conseillers), et des procureurs du roi et conseillers aux sièges sénéchaux. Jean André Thomassin, son grand-père, docteur en droits et avocat, est reçu en 1569 conseiller au parlement d’Aix et achète en 1574 la seigneurie d’Ainac en la viguerie de Digne ; marié à une fille du marchand Jean Estienne, sieur de Saint-Jean de la Salle, il est père de nombreux enfants, et parmi eux les fils qui formeront les différentes branches de la famille : entre autres Honoré qui se marie à Fréjus le 18 septembre 1629 et Pierre de Thomassin, père de notre chanoine, héritier d’une partie de la terre d’Ainac, ayant acquis une partie de celle de Lincel, qui était avocat au parlement et juge royal de Manosque où il s’était établi par son mariage en 1604 avec Jeanne de Bouchery.

C’est là que naît Claude Thomassin, et qu’il est baptisé le 27 décembre 1615 à l’église Saint-Sauveur. Il entre à l’Oratoire en 1632, et en sortira en 1645 : l’abbé Brémond raconte ainsi l’histoire : « Ce Claude se flattait d'avoir sur le livre de Judith des lumières dont il ne convenait pas que le monde fût privé. Ses supérieurs, après avoir pris connaissance du manuscrit, ne furent pas du même avis. Sur quoi, une jolie note dans les registres de l'Oratoire : ‘Le Père Bourgoing fera la charité au Père Thomassin de le rendre capable de la conclusion qui a été prise : que sa Paraphrase sur Judith ne s'imprimera point présentement’. » Si finalement, le livre fut publié quand même, « Claude eut ordre de se rendre à Lyon pour y faire une retraite et s'y renouveler dans l'esprit de piété. Fit-il de nouveau la sourde oreille ? En tout cas, peu de jours après, la Congrégation lui signifia son congé. » C’est au milieu du siècle que Claude, lui-même docteur en théologie, reçoit la stalle de chanoine théologal de Fréjus. Il l'est certainement de façon récente lorsqu'en 1647 une première plainte des consuls se fait entendre et qu'une requête est présentée à l'évêque pour obliger le chanoine théologal à fixer sa résidence à Fréjus et à remplir ses fonctions. Prédicateur apprécié, il n’est guère assidu au chœur et en 1653, ses confrères, cette fois, lui retiennent sur son traitement 830 livres pour ses absences sur les trois dernières années. Après que Claude Thomassin leur en ait donné les motifs, on réduisit ses pénalités et il fut réglé qu’il toucherait la totalité de ses revenus dans la mesure où il serait empêché par une prédication de carême ou d’avent tant à Paris qu’en Province. Détenteur d'un certain nombre de bénéfices dont le prieuré Saint-Georges d'Augès, promu protonotaire apostolique et conseiller du roi, il voulut assister le fils d’un de ses cousins, un autre Louis Thomassin, nommé évêque de Sisteron en 1682 après avoir été coadjuteur d’Antoine Godeau à Vence. Claude assura ainsi la charge de curé de l’église Saint-Sauveur de Manosque, ville dans laquelle il avait fondé en 1661 le grand séminaire « de l’Enfant Jésus », et dont il prit la direction à partir de 1685 ; il avait encore fondé un petit séminaire à Lurs en 1680. Il meurt à Manosque, « plein de mérites » comme l’indique l’obituaire, le 4 mars 1690 et est inhumé le lendemain à Saint-Sauveur. Ses ossements seront transférés le 24 avril 1714 dans la chapelle du séminaire de Manosque qu’il a avait fondé, hormis sa tête conservée au tombeau des prêtres à Saint-Sauveur. Sur sa tombe, furent gravés ces simples mots : « Hic jacet D. Claud. de Thomassin / Presbiter, hujus Seminarii fundator / Munificus. »

Outre ses prédications, il laissa des œuvres en vers comme Le chrétien désabusé du monde, publié en 1688, et les Paraphrases sur Job et sur Tobie. Son saint mépris des réalités d'ici-bas ne l’empêchait pas d’être sensible à la nature qui l’entourait, et c’est peut-être sur les plages de Fréjus qu’il trouva l’inspiration de ces vers pleins d’élégance qui nous redisent qu’un ordre éternel et une limite définitive ont été fixés aux hommes et aux choses :

«La Mer, cette esclave rebelle,
Par le langage de ses flots,
Se plaint parfois aux Matelots
Que sa prison soit éternelle :
Mais bien qu’elle semble souvent,
Bouffie d’orgueil et de vent,
Vouloir enfoncer sa barrière,
Venant à son terme prescrit,
Elle y voit son arrêt écrit
En caractères faits de sable et de poussière. »
 

* écrivant sur le fameux oratorien Louis Thomassin (1619-1695), cousin de notre chanoine et savant théologien, l’abbé Brémond qui doit avouer que la famille est d’origine bourguignonne, commente plaisamment : « Nous ne disputerons pas pour si peu au P. Louis sa qualité de Provençal. Après un noviciat de deux siècles, sa famille n'avait plus rien de bourguignon. »

Hippolyte Espitalier  (1844-1905)

Hippolyte EspitalierJean-Joseph-Hippolyte Espitalier naît à Fréjus le 24 mars 1844, fils de Pierre Espitalier, cordonnier et de Marie-Françoise Jehan, tous deux natifs de Fréjus. La famille Espitalier était d'ailleurs implantée depuis fort longtemps à Fréjus puisque à la septième génération notre chanoine descend de Guillaume Espitalier, né dans cette ville le 18 mars 1607. Son grand-père paternel était marin. Il fut ordonné prêtre le 21 septembre 1867. Il fut successivement vicaire à Vallauris, à Saint-Tropez, aux Maisons-Neuves (Toulon), puis curé de Puget-sur-Argens (de 1883 à 1892)  et enfin de Gonfaron, qu’il administra consciencieusement pendant treize ans. Sa passion pour l’histoire, qui le conduisit à publier, de 1891 à 1904, les quatre volumes de l’Histoire des évêques de Fréjus et à enrichir sans cesse ses dossiers dont il gratifia notamment la Semaine religieuse par des articles de grande qualité, ne le distrayait ni de ses obligations pastorales ni des études théologiques, ainsi fut-il régulièrement choisi à l’unanimité comme secrétaire de la Conférence ecclésiastique dans la plupart des doyennés où il a exercé son ministère, tant était grande sa compétence dans les matières de dogme et de morale. Tout cela lui valut d'être honoré par l'autorité diocésaine des titres d'historiographe du diocèse et de chanoine honoraire, le 1er juillet 1898. Il mourut le 28 décembre 1905 à Gonfaron, alors qu'il était encore en charge de la paroisse, épuisé après les fêtes de Noël, et de façon assez soudaine car l'acte de sépulture précédant le sien est encore signé de sa main. Il espérait pouvoir se retirer à Fréjus après quinze ans de service à Gonfaron. Un éloge funèbre fut prononcé lors de la séance du 19 janvier 1906 de la Société d'études scientifiques et archéologiques de Draguignan, dont le docte chanoine était membre correspondant.

Famille Olivier

La famille Olivier est implantée depuis des temps immémoriaux au Broc, au nord de Nice, village qui relève jusqu’en 1886 de l’évêché de Fréjus. Au XVIIème siècle, un Jean Antoine Olivier épouse Marguerite Briquet, de qui naîtra Jean-André Olivier (1688-1757) dont l’épouse, Marie-Catherine Mari, donne naissance à Jean-Antoine Olivier, qui sera l’ancêtre commun de nos deux chanoines. Jean Antoine nait au Broc le 9 novembre 1719, épouse en 1757 Marguerite Fouques et s’établit comme « maître maçon ». Il est encore qualifié de « propriétaire ». Il est probablement membre de la confrérie locale des Pénitents, qui l’accompagnent à sa mort, le 16 mars 1785. Parmi ses nombreux enfants, on en retiendra deux :

- Joseph Olivier (né le 8 janvier 1765, mort le 6 juillet 1834) est aubergiste, qui épousera Marguerite Gauthier et sera le grand-père du chanoine Lucien Olivier (1844-1912)

- Charles Olivier (né le 21 septembre 1771, mort le 19 mars 1846). Il épouse Françoise Masseille et exerce le métier d’officier de santé ou de médecin. Il est le père du chanoine Félicien Olivier (1807-1861).

Félicien-Antoine Olivier, né au Broc le 9 juin 1807, il entre au petit séminaire de Vence placé sous la houlette du chanoine Blacas, où il est déjà admis à porter la soutane, puis au grand séminaire de Fréjus où il passa quatre ans. L'un des professeurs du grand séminaire, l'abbé Charrier, ayant été chargé en 1830 de la direction du petit séminaire de Grasse pour le relever alors qu'il déclinait, choisit immédiatementcomme comme professeur de rhétorique le brillant abbé Olivier qui venait de terminer sa théologie. Ordonné prêtre en 1831, il fut d'abord vicaire à Grasse puis, en 1836, à la paroisse Saint-Louis, à Toulon. Là, il jeta les bases des conférences de St-Vincent-de-Paul, dont la première réunion eut lieu dans son appartement le 2 février 1843. En 1846, le nouvel évêque, Mgr Wicart l'appelle à diriger le petit séminaire de Brignoles qu'il développa et dont il dirigea la reconstruction : la première pierre en fut bénite par Mgr Wicart en mai 1852 et le bâtiment inauguré par Mgr Jordany le lundi de Pentecôte 1856. L'abbé Olivier avait déjà été récompensé de son zèle par son installation comme chanoine honoraire en 1851. Ayant mené sa tâche à bon terme, il exprima le désir de se consacrer de nouveau au ministère paroissial, ce qui lui fut accordé avec son transfert en 1856 à la paroisse Saint-Louis de Toulon, qu'il retrouvait cette fois comme curé (il y est installé le 8 décembre). Outre les nombreux fruits spirituels de son activité pastorale quotidienne, il y laissera de nouvelles orgues, la grille devant la façade et un monument en l'honneur de la Sainte Vierge dans la même cour ; il y fonda le catéchisme de persévérance et l'association des Mères chrétiennes. Après une courte maladie, il meurt à cinquante-quatre ans seulement, le 17 décembre 1861.

Jean-André-Lucien Olivier est son neveu à la mode de Bretagne. Son père, Augustin-Séraphin Olivier, était né le 18 octobre 1807 ; on imagine la complicité qui devait l’unir à son cousin pas encore chanoine à l’époque, puisqu’ils avaient le Oliviermême âge, et comme celui-ci était déjà loin du Broc à la mort de son père, c’est Augustin-Séraphin qui ira déclarer en mairie le décès de l’oncle médecin. De son épouse, Thérèse Marie-Claire Vial, nait Jean-André-Lucien le 27 février 1844, alors que le recteur de la paroisse est encore de la famille : son propre oncle, l’abbé Charles Olivier (1804-1848). Celui qu’on appelle par son dernier prénom, Lucien, entre au Petit Séminaire de Grasse pour être formé à l’école des figures du diocèse : les abbés Blacas, Sauvaire, Goaty, bientôt transféré à Brignoles où il est placé sous l’autorité des abbés Michel et Laugier. Il est ordonné prêtre le 21 septembre 1867. Auparavant, n’étant que diacre, il avait été nommé professeur au Petit Séminaire de Grasse, où il restera huit ans (de 1866 à 1874). Il devient ensuite vicaire de Vence (de 1874 à 1878), vicaire de Hyères (de 1878 à 1891). Il est alors loin de son pays natal qui passe sous la juridiction de l’évêché de Nice et ne semble pas désirer le rejoindre. De 1891 à 1892, il assure la charge d’aumônier de l’Espérance toujours à Hyères, puis devient curé : à Saint-François-de-Paule, de Toulon (de 1892 à 1906) où, dans cette période d’affrontement avec la République, il eut à affronter des manifestations d’hostilité dans sa propre église, qu’il géra si honnêtement que Mgr Arnaud crut devoir le récompenser en le nommant chanoine honoraire, en 1903. Dans cette paroisse modeste qu’il avait tenu à conserver en dépit de la proposition de Mgr Mignot de le transférer à celle du Mourillon, le chanoine Lucien Olivier donna la mesure de sa générosité et de sa bonté. Il est cependant transféré à  Draguignan, dont il devient le curé-archiprêtre en avril 1906. Les écoles religieuses ayant été fermées la même année, il fonda l’institution libre Jeanne d’Arc avec pensionnat, externat, école primaire, salle d’asile. Il eut encore à subir quelques procès pour « délit de messe » et « non-déclaration de culte », dont il se tira pour deux francs d’amende ! A bout de forces, il présenta sa démission en 1911, avant que la maladie ne l’affaiblisse totalement. Il meurt à Draguignan le 15 mars 1912, regretté de tous. Ses funérailles, le lundi 18 mars, revêtirent la forme d’un deuil public.

Famille Albin

Jean Charles Albin était le petit-neveu de Joseph et Charles Léoncealbin2 Octavien Antelmy. C'est probablement lui qui est baptisé à Fayence le 10 mars 1707 sous le nom de Jean Albin (il faut bien le distinguer de son frère Jean Jacques, né deux avant lui). Son père Jacques Albin (1683-1750) porte le titre de seigneur de Cananille, il est lui-même le fils de Jean, bourgeois, dont le père, Boniface avait été viguier de Fayence dans les années 1660. La mère de Jean Charles, Jeanne-Thérèse d'Augier (par ailleurs arrière arrière petite-nièce de l'évêque Barthélémy Camelin), est fille de Jean et d'Agnès Antelmy, la soeur des deux chanoines déjà cités. Avec cette protection, Jean Charles obtient le prieuré de Saint-Vincent, à Trans, en 1727 et, l'année suivante alors qu'il n'est encore qu'acolyte, un canonicat. Il conquiert le titre de docteur en théologie, puis, en 1732, est gratifié de la prévôté que lui abandonne son grand-oncle, l’évêque de Grasse, Charles Léonce Octavien Antelmy, qui avait obtenu de Rome de la garder jusque-là, six ans après son élévation à l’épiscopat. Jean Charles Albin, pourvu de la stalle de prévôt, résigne alors son canonicat à son cousin Honoré Antelmy. De 1741 à 1752, Jean Charles est vicaire général de Mgr du Bellay et mis en responsabilité par l’abbaye de Saint-Victor de Marseille de nommer à tous les bénéfices du diocèse qui dépendent d’elle, en 1748. Sur la base des notes recueillies par son grand-oncle, il publia en 1732 la vie de Mgr de Piquet, évêque de Babylone et prieur de Grimaud. C'est lui qui est naturellement désigné pour procéder à la bénédiction de la nouvelle église paroissiale de son village natal de Fayence en 1750 : "L'an 1750 et le 25 janvier, Messire Jean Charles Albin, prévôt, vicaire général et official du diocèse de Fréjus, assisté de nous curé et autres prêtres soussignés en présence de messieurs les magistrats et d’un grand nombre de paroissiens a fait la bénédiction de la nouvelle église paroissiale avec toute la solennité que demande une telle cérémonie", relatent les archives du lieu. La même année meurt son père Jacques, à Fréjus où il s'était établi. Le prévôt, lui s'éteint dans la cité épiscopale le 1er mai 1764.

Marc-Antoine Albin, son frère, naît à Fréjus le 4 marc antoineavril 1726. Livre dheures des chanoines AntelmiIl obtient un canonicat en 1752. Il est aussi prieur de Saint-Vincent à Trans de 1741 à 1767 (prébende reçue de son frère) et recteur de Saint-Louis à Saint-Raphaël et prieur d'Espérel. Il brigue la stalle de chanoine sacristain dans un conflit qui l'oppose au neveu de l’évêque, Ferdinand de Bausset qui finira par se désister, et à Jean-Baptiste Quinel qui l'avait obtenue de l'évêque ; après un accord signé avec ce dernier le 12 décembre 1789, il obtiendra un jugement en sa faveur ... un mois après que l’Assemblée nationale ait mis les biens du clergé à la disposition de la nation, ce qui ne lui épargne pas, à la toute fin de l'année 1789, d'avoir affaire à une réclamation des habitants de Puget pour que le nouveau sacristain pourvoie aux réparations nécessaires à la maison curiale et leur apporte les secours dont ils ont besoin ! Il prête malheureusement le serment d'adhésion à la Constitution civile du clergé, le 7 mars 1790, peu avant midi à la mairie de Fréjus, et obtient même un "certificat de civisme" le 19 nivôse an II (8 janvier albin chne1794). Il meurt à Fréjus le 21 mai 1809 avec la mention "ex prêtre chanoine"...

Il avait hérité d’un de ses grands oncles Antelmy un magnifique livre d’heures du XVème siècle, qu'il donnera au séminaire de Fréjus et qui est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque intercommunale de Draguignan (ms 5).

Pierre Blacas (1766-1845)

Pierre Blacas naît à Vence le 13 mai 1766. Il est porté le jour même sur les fonts baptismaux par son père François, trésorier de la ville. Par permission spéciale du Grand vicaire, son parrain est un prêtre : l’abbé Pierre Malivet.

Il reçoit lui-même le sacerdoce le 7 juin 1790, il est aussitôt nommé vicaire à La Gaude. Contrairement à son curé, et conformément aux indications de l’évêque de Vence, Mgr Pisani, il refuse de prêter le serment constitutionnel en novembre 1791 et se retire dans sa famille, non sans être dénoncé à plusieurs reprises comme contre-révolutionnaire par le club jacobin. Sa mère, Anne Carbonnel, fervente catholique qui conseillait de ne pas s'adresser aux prêtres assermentés, n’avait pas craint d’affirmer au sujet de son fils : "S'il est mis à mort par le bourreau, j'irai teindre mon mouchoir dans son sang et j'aurai l'honneur d'être la mère d'un martyr", ce  qui lui valut quelque temps de détention dans les prisons de Draguignan…

Le danger se fit bientôt plus menaçant : le 29 décembre 1791 une dénonciation accusa l’abbé Blacas "d'avoir enseigné à des écoliers des commandements qui prêchaient l'intolérance et le fanatisme". Le 10 août 1792, il émigra donc à Nice, de là passa en Italie et se rendit à Rome auprès de Mgr Pisani, son évêque, qui s'y trouvait depuis le début de l’année. II fut ensuite envoyé à Bologne où il vécut trois ans.

Dès que les temps le permirent, l'abbé Blacas fut délégué par Mgr Pisani pour y accomplir en secret un ministère de réconciliation auprès des repentis et pour y maintenir la foi dans toute la région. C’était durant l'été 1795. Muni par Mgr Pisani des lettres officielles de vicaire général et de longues recommandations pour réconcilier prêtres et fidèles ainsi que pour administrer les sacrements, l’abbé Blacas devait aussi se mettre en rapport avec tous les insermentés qui accomplissaient dans le ci-devant diocèse de Vence un ministère clandestin. En voici le début : « L'ignorance où je suis des dispositions personnelles et locales de mes diocésains, m'oblige à ne donner au digne M. Pierre Blacas, prêtre de Vence, qui va se consacrer au salut de leurs âmes, que des règles générales sur les points les plus critiques qui pourraient embarrasser l'exercice de son ministère, et sur l'administration des sacrements sous le régime d'une domination peut-être plus vexatoire que tolérante. Ses lumières et sa sagesse en feront une application utile. » Suivaient des conseils pratiques : « Nous recommandons au digne abbé Blacas de se pourvoir avant d'entrer en France, d'huiles saintes, d'une pierre sacrée, d'une petite boite en argent pour y placer la sainte Eucharistie, d'un calice facile à se démonter en plusieurs pièces, d'un rituel, d'un bréviaire, et d'autres petits meubles ou nécessaires ou utiles pour le service divin. On doit savoir qu'en cas d'insuffisance d'huiles saintes, on peut, avant qu'elles soient épuisées, les nourrir d'huile bonne non bénite, toujours en petite quantité, et ainsi successivement tant que le besoin l'exige... »

Muni de tous les pouvoirs et guidé par ces directives, l'abbé Blacas exerça son ministère à Vence et dans la région sous un déguisement, comme le firent presque tous ses confrères des autres diocèses ayant dans la clandestinité les mêmes responsabilités. Dans la saison d'hiver et au moment de la trituration des olives, il allait la nuit visiter les malades en portant sur son épaule une outre pleine d'huile, comme s'il sortait du moulin. Sa présence ne passa pourtant pas inaperçue, et le 19 décembre 1796 (29 frimaire an V…), le ministre de la police écrivait au commissaire du département :

« II résulte, citoyen, de la déclaration faite le 1er frimaire par le commissaire Muraire de la commune de Paul du Var au commissaire de ce canton, et dont vous avez eu connaissance, que la commune de Vence est entièrement livrée au fanatisme et à l'intolérance religieuse ; l'abbé Blacas, émigré rentré, est l'un des principaux moteurs de ce foyer contre-révolutionnaire. Les faits plus circonstanciés de cette déclaration méritent donc, citoyen, la plus grande surveillance de votre part. Je vous charge, en conséquence, de prendre de suite toutes les mesures possibles pour faire arrêter cet émigré, le livrer aux tribunaux, et ne négliger en même temps aucun des moyens qui peuvent tendre à détruire les fausses impressions que ces hypocrites peuvent avoir répandues dans le peuple, rétablir aussi l'ordre dans cette commune, y assurer l'exécution des lois et notamment de celles des 7 et 10 vendémiaire sur la police des communes et du culte. Vous m'informerez avec exactitude du succès de vos démarches. Salut et fraternité. Signé : Cochon" (sic…).

Malheureusement, les conditions de son ministère pendant ces sombres années jusqu'au concordat, n’ont pas permis de nous en abandonner beaucoup de traces. On sait cependant qu’il exerça une grosse influence dans le secteur dont il avait la charge. Très soutenu par un grand nombre de fidèles, il put organiser chez les bons paroissiens des célébrations multiples et fut le chef incontesté d'un réseau de prêtres clandestins. L'instruction religieuse ne cessa d'être donnée à la jeunesse et les sacrements administrés à tous : en font foi les registres de catholicité tenus clandestinement pendant cette période. Il put recevoir la rétractation de quatre confrères et les relever des censures encourues.

A la signature du concordat, il sortit de la clandestinité et s’adressa au cardinal Caprara pour éclaircir sa situation dans un diocèse qui n’existait plus et dont l’évêque n’avait pas été encore réintégré. Le Légat pontifical auprès du gouvernement français lui renouvela toute sa confiance et l’engagea alors à poursuivre son ministère dans l’attente d’une situation définitive. C’est de La Colle où il s’était établi qu’il écrivit à son nouvel évêque, Monseigneur Champion de Cicé, archevêque d’Aix et des anciens territoires des diocèses provençaux supprimés, dès son arrivée en mai 1802 : « Chargé depuis sept ans du gouvernement de ce diocèse par M. de la Gaude qui m'éclairait de ses conseils par des lettres fréquentes et m'aidait à porter un fardeau qui aurait été au-dessus de mes forces, je croyais en être déchargé par sa démission, mais Son Eminence, Mgr Caprara, m'enjoignit de le gouverner jusqu'au nouvel ordre des choses. Le voilà arrivé : je viens donc vous prier de me décharger du soin de ce diocèse ; si vous en disposez autrement, je recevrai vos ordres avec respect et je les exécuterai ponctuellement. »

A la même date, son ancien évêque, lors d’une audience auprès du pape lui demande une relique et un chapelet, comme il l’écrit au cardinal Consalvi,  « pour le sieur Blacas, prêtre, mon préposé à Vence, qui depuis sept années y a exercé personnellement sous moi l'administration de mon diocèse, avec le plus grand zèle, la plus ferme constance, exposé nuit et jour aux périls de tout genre ; qui y a maintenu la foi avec tant de succès que dans ma ville il n'y avait que cinquante schismatiques et un seul prêtre de ce mauvais parti. Je ne puis reconnaître, attendu mon impuissance, des services si héroïques ; mais, en lui envoyant ce présent du Saint Père, j'acquitterai ma dette, et ce prêtre aura quelque témoignage d'approbation de sa conduite si honorable et si utile pour l'Eglise... »

Blacas rencontra son nouvel archevêque à Antibes peu de temps après et dut se justifier face aux critiques de ceux qui voulaient rentrer en cour en dépit de leurs mérites. Son prestige était pourtant immense auprès de la population. Il tint à poursuivre humblement un ministère itinérant de prédication auprès des familles et dut accepter en 1807 le poste de premier vicaire de Vence. C’est à ce titre qu’il fonda le petit séminaire de la ville et en fut le premier supérieur.

Après le rétablissement du diocèse de Fréjus, Vence lui fut incorporé et l’abbé Blacas devint chanoine honoraire dès la première promotion de 1823. Après l’avoir décliné, il accepta la fonction de curé de Vence le 27 avril 1825. Il eut l'occasion de bénir les nouveaux bustes de saint Lambert et de saint Véran, respectivement le 10 septembre 1825 et le 26 mai 1826.

A la mort du chanoine Saurin en décembre 1826, Mgr de Richery appela aurès de lui le chanoine Blacas, fin février 1827, et lui confia les fonctions de vicaire général du diocèse de Fréjus, l'obligeant à quitter sa chère ville de Vence. Il accepta cette charge par devoir, et la mena à bien jusqu'au décès de Mgr Michel qui l’avait maintenu auprès de lui durant tout son épiscopat et l’avait promu chanoine titulaire en 1843. Quand il mourut, le 22 février 1845, le chanoine Blacas, fatigué et malade (il avait 79 ans), retourna dans sa patrie. Il ne profita pas longtemps de sa retraite puisqu’il mourut à Vence quelques semaines plus tard, le 28 avril 1845.

Sa mémoire fut en vénération pendant des décennies, et c'est à juste titre qu'on put écrire qu'il fut "une gloire du diocèse" et le qualifier de "confesseur de la foi".