Louis Bernard (1834-1897)
Louis Bernard naît à Saint-Tropez le 5 juin 1834, fils d’André, capitaine marin, et de Jeronima Morello (originaire de Finale Marina). Sa vocation sacerdotale s’impose très tôt à lui : il entre au petit séminaire de Brignoles et poursuit ses études au grand séminaire de Fréjus. Les ayant achevées encore jeune, il est d’abord sollicité pour enseigner au petit séminaire puis, ordonné prêtre, est envoyé à Callas puis à Antibes comme vicaire et enfin à Hyères, où il passera dix-huit années durant lesquelles il pourra développer un ministère fécond de guide spirituel, et sera reconnu comme un orateur de bon aloi. En 1882, il est nommé curé de Saint-Raphaël. Voyant que la vieille église San Rafeu ne pouvait plus accueillir les habitants du village dont le nombre s’était considérablement augmenté, il confia la construction d’un nouveau lieu de culte à l’architecte lyonnais Pierre Aublé. Construite en majeure partie avec du grès rose de l’Estérel, la nouvelle église dédiée à Notre-Dame des Victoires, dont la première pierre fut posée le 11 décembre 1883 par Mgr Forcade, archevêque d’Aix, en présence de Mgr Terris, fut bénite le 14 avril 1888 par Mgr Oury. L’abbé Bernard qui n’avait profité tant pour l’édification que pour l’ornementation de l’église d’aucun financement ni de l’état ni de la ville réussit à réunir les fonds nécessaires. Il reçut la mozette de chanoine honoraire de Fréjus deux jours avant la bénédiction de la nouvelle église, le 12 avril 1888 : "ayant été à la peine, il convient que vous soyez à l'honneur" lui écrit ce jour Mgr Oury. En 1890, il est nommé curé de Hyères et s’engage avec enthousiasme dans cette paroisse qu’il retrouvait avec plaisir : il y restaure l’église et en refait le pavage, répare aussi le sanctuaire Notre-Dame de Consolation, invite des prédicateurs de renom et fait donner une mission. Ce labeur est rapidement interrompu par des soucis de santé qui le contraindront à une inactivité qui lui sera extrêmement douloureuse. Au printemps 1897, il offre de se démettre, ce que l’évêque n’agrée pas, mais obtient d’aller se reposer dans son pays natal. Le 25 août, il y accueille encore deux de ses vicaires venus lui transmettre les vœux des Hyérois, il reçoit les derniers sacrements le 27 et s’éteint le lendemain, 28 août 1897, à Saint-Tropez.


Encore une fois, les pronostics du monde, y compris de l’IA sont passés largement à côté : c’est donc un outsider ou presque qui a été annoncé au soir du 8 mai à la loggia de la basilique Saint-Pierre. Et pourtant, il suffisait de prendre la liste protocolaire des cardinaux, suivre depuis le haut de la première table la série des visages des cardinaux-évêques pour rencontrer assez vite celui du cardinal Prévost : le cardinal Parolin, puis le cardinal Filoni tous deux n’ayant jamais exercé aucune fonction épiscopale au service d’un diocèse, ce qui semble un préalable pour exercer la mission pastorale de l’Eglise universelle ; venait ensuite le cardinal Tagle, grand favori certes mais probablement jugé trop proche du défunt pape ; enfin le cardinal Prévost qui, malgré son identité nord-américaine, réunissait plus d’un atout, celui d’un pasteur, d’un missionnaire, d’un homme de curie, de cultures diverses par son ascendance et son ancrage : américaine, péruvienne, française, italienne, espagnole, etc., de l’expérience et de la modération.


religieuses et entra au Petit Séminaire de Brignoles qui se trouvait encore place St-Pierre avant d’être transféré dans l’immense bâtiment édifié par les soins de Mgr Jordany. Le jeune lévite se maintint toujours au premier rang de ses condisciples. Porté plutôt vers la littérature, il faisait des maîtres sa lecture favorite. Bien que les élèves du Petit Séminaire n’aient pas l’habitude de se présenter au baccalauréat et qu’il ne suivit pour cela aucune préparation, il eut l’idée de s’y présenter et s’en tira honorablement avec la mention « Bien ». Il entra ensuite au Grand Séminaire de Fréjus où il se fit remarquer non plus seulement par ses qualités intellectuelles mais aussi par sa piété et sa régularité. N’étant que diacre et trop jeune pour être ordonné prêtre, il fut renvoyé à 22 ans au Petit Séminaire pour y enseigner et reçut la consécration sacerdotale quelques mois plus tard, le 3 septembre 1865. Parfaitement à l’aise dans le cadre du séminaire, il pouvait s’y adonner à l’étude tout à loisir. Un matin, un ami lui demandant la cause de la joie qui semblait rayonner de lui, l’abbé Blanc lui avoua qu’il trouvait de tels trésors dans saint Bonaventure qu’il regardait cela comme une grâce de Dieu et qu’il venait de célébrer la messe pour l’en remercier. En 1867, il fut appelé bientôt à remplacer l’aumônier du Couvent des Ursulines de Brignoles, qui venait de mourir ; à la supérieure inquiète de l’âge du candidat pour une maison d’éducation de jeunes filles, le vicaire général répondit : « Mme la Supérieure, n’ayez aucune crainte, M. l’abbé Blanc, n’a que vingt-cinq ans d’âge, mais il en a cinquante pour la sagesse et l’expérience. » Il assura pendant six ans la direction spirituelle de cet établissement, avec succès. Il fut ensuite (en 1873) envoyé en qualité de vicaire à la paroisse Saint-Louis de Toulon où, pendant treize ans, il gagna tous les cœurs. Quand Mgr Oury fut nommé évêque de Fréjus, il appela à ses côtés celui qu’il avait déjà eu l’occasion d’apprécier à Toulon et en fit son vicaire général et celui qui était déjà chanoine honoraire depuis 1884 devint titulaire en 1886, avec la dignité d’archidiacre : il prit possession de sa stalle le mardi 14 septembre 1886 à l'office capitulaire du matin. Ses compétences et son caractère conciliateur seconda puissamment le chef du diocèse. Il resta encore quelque temps à ce poste sous Mgr Mignot puis, chanoine et vicaire général désormais honoraire, remplaça à Toulon comme curé de Saint-Louis le vieux chanoine Rouvier à partir de 1891. Dans la plénitude de ses forces, il imprima un élan nouveau à la paroisse. Lors des spoliations de 1906, il fit une protestation ferme et solennelle pour s’élever devant cette injustice. Il demanda ensuite à se retirer et obtint en 1910 de s’établir avec sa vieille mère dans sa campagne de Ste-Marthe, occupant sa solitude à la lecture, et notamment à l’étude de l’histoire de l’Eglise (on lui doit une étude biographique sur saint Probace, l'un des soixante-douze disciples du Christ, et l'un des apôtres de la Provence). Sa mère s’éteint en mars 1913, à 94 ans, qui l’avait toujours accompagné. La maladie, chez lui, fit des progrès rapides et une attaque le terrassa l’année suivante. Il put recevoir les sacrements et mourut en quelques jours au Pradet, le 12 février 1914.