Joseph Pastoret (1853-1910)
Joseph-Augustin-Paulin Pastoret naît à Hyères le 3 avril 1853 dans une famille de cultivateurs, il était fils d’Antoine-Joseph et de Marie-Anne-Joséphine Ruy.
Modestes, ses parents descendaient de l’illustre maison Pastoret, de Seillans, qui fournit des jurisconsultes mêlés à l’histoire de France : ce fut au XIVème siècle Jehan Pastoret, président du Parlement de Paris, qui délivra la capitale de la domination d’Etienne Marcel et rendit la ville au dauphin Charles en 1358 ou, au XIXème siècle, Emmanuel de Pastoret (1755-1840), député de Paris à la Constituante, qui proposa la désaffectation de l’église Sainte-Geneviève et sa transformation en Panthéon national en suggérant l’inscription qui figure désormais à son fronton : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante », et qui finit pair, marquis, académicien, chancelier de France... L’abbé Pastoret fut encore mêlé au procès des héritiers de la marquise de Beillières, qui avait légué son magnifique hôtel des Champs-Elysées à Léon XIII pour y établir la nonciature, et refusa de s’associer au vain combat de ses propres cousins pour s’y opposer.
On raconte comment, petit enfant de chœur à Hyères, le jeune Joseph fut soupçonné à tort par l’abbé Liautard de quelque sottise ; l’enfant fièrement blessé osa citer son curé au jugement suprême de Dieu, vengeur de l’innocence méconnue, ébahi, le bon curé s’exclama : « Pichot, tu faras toun camin ! » (Petit, tu feras ton chemin !).
A sa mort, Mgr Guillibert tint à évoquer lui-même dans la Semaine Religieuse cette personnalité supérieure et si fortement accusée à laquelle il voulut rendre un vibrant hommage : il n’était que vicaire à Lorgues, ayant à peine 32 ans, quand il rencontra pour la première fois celui qui deviendrait un jour son évêque : son faciès rude, taillé à grands traits, comme dans un bloc d’acier impressionna son interlocuteur. Sa maigreur, ses pommettes saillantes, son nez en bec d’aigle révélait combien, dans ce tempérament vibrant d’impressions ardentes, « la lame usait le fourreau ». La voix était puissante, les jugements entiers. Son é
loquence, mûrie par l’étude, le porta sur maintes tribunes des Congrès dits de la Croix organisés dans toute la région provençale : à Aix, Draguignan, Salon, Brignoles et lui assura un succès populaire. On le vit même prêcher à Orléans devant un parterre de mille ouvriers. Orateur de réunions publiques, il se révélait quand il le fallait dompteur de foules rebelles. Il s’engagea avec passion dans la politique de la main tendue que mena Léon XIII à l’égard de la République et fut un des représentants de ces "abbés démocrates" que dénonçait La Gazette de France en 1896. Son souci des petits et de la classe ouvrière y trouvait un boulevard pour conduire à l’Eglise une population qu’on tentait de lui ravir. On comprend d'autant moins le jugement porté par les autorités civiles du département qui le jugent "ennemi acharné de nos institutions", aux "opinions anti-républicaines". En 1901 Léon XIII lui accorde la croix Pro Ecclesia et Pontifice pour le récompenser de l'organisation des pèlerinages ouvriers à Rome. Mais grande fut sa désillusion à l’heure de ce qu’il considéra comme la trahison de la République face aux avances de Léon XIII : « Je ne puis m’empêcher de penser que nous allons au devant de nouvelles et plus désastreuses débâcles ; que nous les cherchons, et qu’en recevant de nouvelles atteintes, nous ne trouverons pas plus de pitié dans les masses, que nous n’en avons recueilli jusqu’ici. » Il fut déconcerté également par la nécessaire concentration des forces catholiques opérée par saint Pie X en vertu de la vocation surnaturelle de l’Eglise. Le curé de Saint-Flavien du Mourillon qu’il était devenu en 1902 se laissa alors gagner par un pessimisme découragé, tout en assurant au mieux le fonctionnement de sa paroisse. Mais toujours, il avait été lui-même avec sa piété d’enfant devenue conviction d’homme, dans le combat où se mêlait parfois l’utopie, dans l’obéissance la plus intègre même au cœur de la désillusion. Enfin c’est par la souffrance qu’il apprit à ne plus vivre qu’en Jésus-Christ. Il mourut à Toulon le 26 décembre 1910 : « Mon Dieu, je vous offre mes souffrances et ma vie pour tous mes paroissiens » furent ses dernières paroles. Le chanoine Pastoret fut inhumé à Hyères. Il était membre titulaire de l'Académie du Var depuis 1888 et chanoine honoraire depuis 1897.


Encore une fois, les pronostics du monde, y compris de l’IA sont passés largement à côté : c’est donc un outsider ou presque qui a été annoncé au soir du 8 mai à la loggia de la basilique Saint-Pierre. Et pourtant, il suffisait de prendre la liste protocolaire des cardinaux, suivre depuis le haut de la première table la série des visages des cardinaux-évêques pour rencontrer assez vite celui du cardinal Prévost : le cardinal Parolin, puis le cardinal Filoni tous deux n’ayant jamais exercé aucune fonction épiscopale au service d’un diocèse, ce qui semble un préalable pour exercer la mission pastorale de l’Eglise universelle ; venait ensuite le cardinal Tagle, grand favori certes mais probablement jugé trop proche du défunt pape ; enfin le cardinal Prévost qui, malgré son identité nord-américaine, réunissait plus d’un atout, celui d’un pasteur, d’un missionnaire, d’un homme de curie, de cultures diverses par son ascendance et son ancrage : américaine, péruvienne, française, italienne, espagnole, etc., de l’expérience et de la modération.


Victor-Maur-Médard Roussenq est né le 8 juin 1841 à Barjols, fils de Nicolas Roussenq et de Claire Blanc. La famille Roussenq où le prénom de Victor se transmet de génération en génération, originaire de Tavernes, s’est établie à Bagnols où son père et son grand-père sont boulangers. Au sein de cette pieuse famille, l’enfant manifeste très tôt ses dispositions religieuses. C’est pourquoi, à l’âge de dix ans, il fut confié par sa famille à l’abbé Pierre-Joseph Mistre (1823-1893), alors vicaire à Hyères, qui mourra chanoine archiprêtre de Grasse et vicaire général de Nice, et qui est le cousin germain de son père. Ses leçons et ses exemples hâteront le développement des dispositions de Victor. Il entre au Petit-Séminaire de Brignoles puis au Grand-Séminaire de Fréjus. Il est ordonné sous-diacre le 20 décembre 1862 et prêtre le 3 septembre 1865 des mains de Mgr Jordany dans la basilique de Saint-Maximin. Après sept ans consacrés à l’enseignement au Petit-Séminaire de Brignoles et quelques mois de vicariat à Tourves à partir du 31 octobre 1872, il fut nommé le 1er octobre 1873 vicaire à Hyères. Son affabilité, sa bonté le rendirent sympathique et son ministère y fut fructueux. Le 16 juin 1890, Mgr Oury l’appela à la cure importante de Saint-Raphaël où le chanoine Bernard venait de construire la nouvelle église. Lui revenait le soin d’achever l’œuvre et de l’équiper : il fit construire les clochers, la sacristie, fonda l’école paroissiale de garçons, etc. Insensible à tous les sacrifices et à toutes les fatigues, il se dépensa sans compter au milieu des œuvres diverses de la paroisse. Il en fut récompensé par sa promotion comme chanoine honoraire le 25 novembre 1891. En 1899, des raisons familiales le déterminèrent à solliciter la cure de Cotignac devenue vacante par la mort du chanoine Laure, il y est nommé le 1er novembre de cette année. Après s’y être donné de la même façon, il se retira le 1er novembre 1907 au sein de sa famille, à sa campagne de Fox-Amphoux. C’est là qu’il meurt le 24 novembre 1911, après s’être soigneusement préparé à la rencontre avec son Seigneur.